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Comment
réparer "l'erreur de procédure référendaire
en Europe" ?
Ou
comment les dirigeants européens tentent de
contourner les NON français et néerlandais
à la Constitution européenne.
Ou comment prendre les
Peuples pour des gogos !
Information intéressante,
le Parlement européen a récemment adopté un
rapport demandant que le Traité Constitutionnel entre en
application à la date initialement prévue, en 2009.
Rappelons, s'il en était besoin, que la France et les Pays-Bas
ont voté NON au dernier référendum. Vote qui
enterrait définitivement cette Constitution européenne
- du moins théoriquement !
Or, le 13 janvier dernier se tenait
un colloque en petit comité sous l'égide du Ceri
(Centre d'Etudes et de Recherches Internationales,
lié à Sciences-Po) et intitulé "L'erreur
de procédure référendaire en Europe ?".
Le réseau Garnet, organisateur de la réunion, se définit
lui-même comme "un réseau d'excellence",
"financé par la Commission européenne, qui réunit
43 institutions en Europe". Son activité de recherche
"porte sur les questions de la gouvernance globale et de la
régulation en prêtant une attention particulière
au rôle de l'Union Européenne". Le Conseil international
est présidé par Pascal Lamy.
Le but de ce colloque était
d'analyser les causes réelles (ou supposées) du Non
au Traité mais surtout de trouver les moyens légaux
pour contourner ce résultat et l'imposer quand même
aux Peuples européens ! Plusieurs experts ont planché
sur ce problème, politologues, chercheurs, hauts fonctionnaires
français et européens, tous ont réfléchi
aux moyens réalistes à employer dans ce but.
Christian Lequesne, enseignant
à Sciences-Po, a fait plusieurs suggestions que nous vous
livrons ici.
"... Parmi les idées
que l'on peut avoir, il y a celle qui consiste à élaborer
une procédure référendaire européenne
(ce qui pose le problème de l'Allemagne (1)) corrélée
à la nécessité de faire voter tous les pays
le même jour afin d'éviter le problème de "l'effet
domino". Car il faut faire très attention à cet
effet domino, on l'a vu avec la France et les Pays Bas. C'est d'ailleurs
la raison pour laquelle on avait bien fait attention à faire
voter les Tchèques après les Slovaques pour la ratification
de leur entrée dans l'UE. C'était très important.
Donc il faut savoir jouer avec l'effet domino... mais dans le bon
sens !
Il est un peu délicat pour
un universitaire de faire des recommandations. Néanmoins,
je me suis essayé à cet exercice et j'ai fait cinq
recommandations :
- Premièrement, il faut
poser le principe que la procédure actuelle n'est pas satisfaisante
car elle encourage la diversion vers des sujets nationaux (2).
- Deuxièmement, il faut
demander à l'Irlande et au Danemark, dont les Constitutions
nationales imposent un recours au référendum pour
les sujets européens, de supprimer cette obligation.
- Troisièmement, il ne devrait
y avoir de référendum que s'il y en a dans tous les
pays et qu'il se tient le même jour.
- Quatrièmement, ce recours
devrait se décider par une majorité du Conseil européen.
- Cinquièmement, les Etats-membres
devraient accepter que les résultats s'imposent à
tous les pays dès lors qu'une majorité de la population
européenne a voté Oui, même si dans tel ou tel
Etat, une majorité de la population a voté contre
(3). Avec une telle disposition, la Constitution européenne
serait adoptée en France car il y a une majorité,
au sein de la population de l'UE, qui a ratifié la Constitution
européenne."
Un autre expert, Paul Magnette,
Président de l'Institut d'études européennes
de l'Université Libre de Bruxelles, prend la parole et propose
à son tour son analyse et ses solutions :
"La meilleure réponse
au problème posé par les référendums
en France et aux Pays Bas, c'est celle des universitaires suisses
que nous avons rencontrés. Ils nous ont dit qu'il fallait
soit ne pas faire de référendum du tout, soit en faire
systématiquement. Car si on en fait un tous les dix ou quinze
ans, on laisse s'accumuler les rancoeurs. Tandis que si l'on en
fait sans arrêt, on enlève la charge émotionnelle.
Comme nous ont dit ces deux universitaires, "Lorsque les
Suisses disent Non, c'est seulement la preuve qu'ils n'ont pas encore
dit Oui". Il faut donc banaliser le référendum.
Il faut ré-interroger les Français comme on ré-interroge
les Suisses. Il ne faut pas qu'il y ait ce caractère dramatique.
Le scénario en cinq points
que vient de proposer Christian Lequesne est très sérieux.
Car un peuple ça se fabrique. Le peuple européen doit
être fabriqué, c'est une proposition raisonnable, cohérente
intellectuellement. ...
En réalité, pour
sortir du problème actuel, il y a trois scénarios.
- Le premier est le scénario
Merkel : selon le scénario esquissé par la chancelière
allemande, il faut que la France et les Pays Bas reconsidèrent
leur rejet de la Constitution européenne. Bref, il s'agit
de refaire le coup danois (4) : les peuples revotent avec
un simple protocole interprétatif -sans valeur juridique-
en matière sociale. En un mot : "allons, faites un effort
pour revoter et devenir raisonnable".
Je ne crois pas trop à ce scénario car on imagine
que les partisans du Non clameraient aussitôt que l'on se
moque du monde (5).
- Le deuxième scénario
a été dessiné par Nicolas Sarkozy : une ratification
parlementaire de la seule partie I. Nicolas Sarkozy veut supprimer
le référendum en France, notamment pour la construction
européenne. Cette démarche est sympathique (6)
mais elle pose des problèmes. Il veut garder la partie I
mais il se contredit lui-même car il y a des points de la
partie I qu'il n'accepte pas : la représentation des grands
pays au sein de la Commission telle que le prévoit la Constitution
; Nicolas Sarkozy juge inadmissible qu'il puisse y avoir par exemple
les trois Baltes et pas la France ou l'Allemagne. De surcroît,
il oublie que ce qu'il propose est absolument inacceptable par d'autres
gouvernements, notamment les Britanniques, qui considèrent
que le Traité est un bloc et qui refusent absolument de dissocier
les parties entre elles, les parties I et III notamment.
- Enfin la troisième voie
n'est autre que le "Plan D" de la Commission de Bruxelles
(7). Ce rapport propose l'organisation d'un grand débat.
C'est très bien mais on a le sentiment d'être revenus
cinq ans en arrière, à la déclaration de Laeken.
On ne voit pas très bien où celà va nous mener.
Mais d'un autre coté, on ne voit pas non plus comment on
pourrait continuer sans re-débattre... Puisque vous me demandez
mon avis, voici ce que j'ai conseillé à la Commission
: d'abord établir un Traité de consolidation (8)
qui, à droit constant, clarifie les textes puis faire un
second traité d'avancées.
Pourquoi ces deux temps ? Parce
que ce qui a été contesté en France lors du
référendum, c'est parfois ce qui existe depuis quarante
ans (9), comme par exemple la concurrence libre et non faussée,
le grand marché. L'erreur c'est donc de faire débattre
de ce qui existe déjà. Donc le Traité de Consolidation
serait soustrait au référendum et ratifié seulement
par les Parlements Il faut faire un passage en force, j'en conviens.
Mais il y aurait un référendum et celui-ci porterait
seulement sur le second traité, celui qui concerne les avancées
prévues par la Constitution européenne. Ceci permettrait
de sortir de l'impasse sans contourner tout à fait la volonté
populaire."
Au sortir de ce colloque, on constatait
avec plaisir qu'ils n'avaient pas trouvé de solutions réalistes
pour résoudre leur problème : imposer d'une manière
ou d'une autre le Traité constitutionnel européen.
Mais sachez qu'ils continuent et continueront d'essayer !
Témoignage personnel
: j'ai été invité à participer
à un débat entre militants politiques le 8 février
dernier dans les locaux du CEVIPOF (Centre d'Etude de la Vie Polilitque
Française) dans le cadre d'une étude destinée
à analyser la façon dont se passe le débat
politique en France au niveau des électeurs (non politisés)
et des militants (politisés).
Après cette étude, j'en suis arrivé à
la conclusion que le Cevipof -organisme géré par Sciences-Po
et co-financé par le CNRS et des fonds privés (sponsoring
de grandes entreprises)- menait cette étude, commandée
par des institutions européennes (Commission et Conseil),
dans un but précis : comment faire passer des décisions
impopulaires auprès du Peuple pour que celui-ci finisse par
les accepter.
C'est du pur marketing politique
!
Et je ne peux faire autrement que
rapprocher cette étude de la volonté (pour l'instant
discrète) des institutions européennes cherchant le
meilleur moyen de nous imposer la Constitution européenne
!
A titre de curiosité, vous
pouvez consulter le
rapport que j'ai rédigé, suite à ma participation,
pour le Bureau du FN92. Et bien que le débat organisé
par le Cevipof porte sur l'intégration de la Turquie, l'étude
porte non pas sur les arguments utilisés mais l'articulation
même de ces arguments entre eux. Ce qui est l'indice que,
peu importe le sujet, c'est la façon dont se déroule
le débat qui est analysée. Je reste persuadé
que cette étude du Cevipof servira aux institutions européennes
pour le problème posé par la Constitution.
(1)
La Constitution allemande, élaborée après la
Seconde Guerre Mondiale, exclut le recours au référendum
pour éviter la résurgence d'idéologies politiques
comme le nazisme. En quelque sorte, c'est la punition du peuple
allemand pour avoir porté légalement le nazisme au
pouvoir par les élections législatives.
(2)
On sait que les électeurs français ont été
en partie influencés par la situation économique désastreuse
en France et surtout parce qu'ils en rendaient -à juste titre-
l'Europe responsable. Le Non français qui a gagné
avec 55% aurait pu être un Oui si les électeurs avaient
été "raisonnables" et n'avaient pas tenu
compte de sujets "nationaux" dans leur choix de vote.
(3) Ce qui revient à laisser
un étranger décider de ce qui est bon ou mauvais pour
nous.
(4) Le coup danois : En 1992, les
danois avaient voté Non au référendum sur Maastricht.
Mais l'année suivante, ils eurent à nouveau un référendum
sur le même texte et ils finirent par voter Oui, sachant que
tant qu'ils voteraient Non, il y aurait un nouveau référendum
l'année suivante, ad nauseam...
(5) Et ils auraient raison !!!
(6) Raison de plus pour se méfier
de Sarkozy comme de la peste ! Et dire que certains pensent qu'il
fait "du Le Pen" !
(7) Quand on vous le disait qu'il
y avait un plan B ! Ou D, en l'occurence.
(8)
Ce traité de consolidation reprendrait tout ce qui existe
déjà de règles et de droits européens
depuis pratiquement le début de la construction européenne.
(9)
C'est bien la preuve que les Peuples européens sont quand
même assez méfiants vis à vis de l'Europe.
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